Ce charisme. Cette prestance. Cette espèce de présence surréaliste. Qui peut bien détourner les yeux ? Qui peut s'arrêter sans remords aucun de le regarder tandis qu'il exerce son...art ? C'est bien d'art en effet qu'il s'agit. Un art bien incompris, un mal-aimé en quelque sorte.
Certains me contrediront immédiatement. Comment puis-je oser dire ça ? Il est apprécié, on ne réclame plus que lui, son nom est sur toutes les bouches des midinettes et des spectateurs en tout genre. Mais là est tout le problème. Il est aimé, mais est-ce vraiment pour les bonnes raisons ? Les gens ne voient en lui qu'une distraction de plus, la relève bien assurée d'une tortue déglinguée qui fait fureur en ce moment, espèce d'icône éphémère qui hante les plateaux télé et les scènes. Et dans un an, le scoliosé Christophe fera t'il toujours bonne figure ? Ils seront passés à autre chose, sans doute.
Alors cet alien pour l'instant leur convient bien. Il innove, il apporte un grain de folie dans un monde musical français qui se fait bien plat et il a une façon de chanter particulière. Ca s'arrête là. Ah non, j'oubliais, il est drôle aussi. Il fait toujours des têtes incroyables et puis il se fringue bizarre aussi. Le bizarre, ça, ça attire l'½il. Ca, c'est bankable.
Là est tout le paradoxe. Ce dandy rock est loin d'être une simple machine à fric. On l'imagine déjà mal en train de se créer un single simpliste et ridiculement anodin pour rentrer dans toutes les têtes et se hisser au sommet du hit parade. Au contraire, tout ce qu'on peut attendre de lui, c'est un album mûrement préparé, absolument délicieux et qui fera prendre son pied aux amateurs du jeune blond électrique.
Amateurs qui, eux, l'aiment pour les bonnes raisons. Pour sa façon bien particulière d'interpréter, pour les conventions qu'il envoie valser d'un revers de manche, pour les convictions qu'il a et pour son tempérament de feu qu'il met en avant dans n'importe laquelle de ses chansons. Reprises pour le moment, normal dans ce genre d'émission, mais on ne peut pas clamer haut et fort : pâles copies ! Le terme approprié serait sûrement : versions revisitées hautes en couleurs ! Car dans chaque note, dans chaque phrase, il y met son c½ur et son âme, s'expose totalement sans même craindre un jugement déplacé.
D'ailleurs, qu'est-ce qu'il peut bien en avoir à faire de ces critiques qui le descendent ? C'est bien là une attitude qu'il entretient : plaire ou ne pas plaire, peu importe, mais ne surtout pas laisser indifférent. Ca marche, et c'est tant mieux. Jamais il ne fera l'unanimité ; certains le haïssent et ne voient en lui qu'un simple petit gueulard mal coiffé qui se prend pour un cador tandis que d'autres l'idolâtrent et le considère comme le nouveau prince du rock français. Ce qu'il risque bien de devenir.
Alors, le crooner rock survolé est-il si bien aimé que ça ? Pas vraiment. On l'aime, pas de doutes là-dessus, on l'adule parfois, mais sans vraiment comprendre le sens profond de ce qu'il fait. Sans chercher plus loin que la surface de ses prestations, on s'arrête à son timbre grave et parfois si sexy, à son attitude dingo et à sa petite gueule d'ange déchu qu'on trouve charmante. Lui, beau gosse ? Quelle blague ! Non pas qu'il soit repoussant, mais y voir simplement un mignon jeune homme revient à le ramener bien bas. S'arrêter au physique pour un tel spécimen, quelle drôle d'idée !
Non, c'est bien plus que ça. C'est un concentré d'énergie. C'est une bête de scène tout simplement, avec des sonorités animales dans la voix et une démarche féline. C'est une espèce qui est toute récente. Inégalable. Novatrice. Excellente. Désirable. Tellement incroyable.
Bientôt, ce drôle d'animal indéterminé sera bien aimé. Passée la surmédiatisation du moment, son public s'épurera. Peu importe si alors les salles qu'il remplira seront petites et intimistes, peu importe si elles ne seront pas toujours combles. Ceux qui l'aimaient trop mal se lasseront bien vite de ce divertissement qu'ils trouveront alors dépassé et resteront alors ceux qui le considèrent comme un vrai artiste, un pur. Ceux là savent apprécier le vrai Julien.